Conclusion

Le risque d’introduction et de dissémination d’organismes nuisibles est clairement corrélé à une augmentation des échanges mondiaux de végétaux, produits végétaux et autres objets. A ceci s’ajoute de nouvelles pratiques agronomiques et commerciales dans les zones de production, l’utilisation de zones de croissance en hémisphère sud pour gagner une saison, l’exportation de plantes adultes avec un système racinaire développé….


Cette ressource illustre les effets dévastateurs que le transport d’organismes nuisibles (agents pathogènes, ravageurs ou plantes exotiques envahissantes) ont entraîné dans leur nouvelle zone d’établissement. Parmi ces effets, on peut citer des pertes de la production agricole, mais aussi des atteintes sur les structures (voies navigables), sur les paysages, sur les écosystèmes naturels et semi-naturels (berges de cours d’eau, forêts…) mais aussi sur la santé animale et humaine. Enfin, l’augmentation de la population humaine à l’échelle mondiale entraine des besoins en ressources alimentaires grandissants  et une sécurisation nécessaire de la production agricole. Par ailleurs, une prise de conscience a émergé sur la nécessité de préserver la biodiversité des écosystèmes naturels et semi-naturels.


Face à ces défis, quelle organisation pour prévenir le risque d’introduction d’organismes nuisibles?


Une collaboration à l’échelle internationale pour la protection des végétaux est une nécessité puisque les organismes nuisibles ne connaissent pas les frontières administratives. La protection des végétaux est traitée au niveau international par la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) dont une des missions est la prévention de la dissémination et de l’introduction d’organismes nuisibles. La  Convention Internationale pour la Protection des Végétaux (CIPV) (1951 révisée en 1997) précise que  « chaque pays met en place une organisation officielle de la protection des végétaux, assure la promotion et adopte des mesures de lutte contre les organismes nuisibles et met en place des mesures législatives, techniques et réglementaires ». La CIPV fournit un cadre international pour la protection des végétaux et prévoit l’élaboration de normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMP) destinées à préserver les ressources végétales, permettant à tous les pays d’être en mesure d’analyser les risques auxquels sont exposées leurs ressources végétales et d’avoir recours à des mesures basées sur des données scientifiques reconnues pour s’en prémunir (voir la partie du grain 2 sur le CIPV).


L’Union Européenne a publié au travers de la  directive 2000/29/CE (77/93/CEE codifiée) les dispositions communautaires (voir le grain sur les instances communautaies/ la directive 2000/29/CE) concernant les mesures de protection contre l’introduction dans la Communauté d’organismes nuisibles aux végétaux ou aux produits végétaux et contre leur propagation à l’intérieur de la Communauté. En France, les exigences sanitaires des végétaux, produits végétaux et autres objets sont fixées par l’arrêté du 24 mai 2006 (modifié) ce texte est la transcription de la directive 2000/29/CE (voir la partie sur dispositions réglementaires et protection des végétaux du grain 2).

Le défi majeur est de pouvoir faire évoluer rapidement la législation et la mise en place de mesures de protection puisque de nouveaux organismes nuisibles émergent rapidement. Un système de veille et d’alerte est réalisé par les organisations régionales de la protection des végétaux pour prévenir l’introduction d’organismes nuisibles susceptibles d’arriver. L’Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plante (OEPP) est l’organisation régionale pour les pays d’Europe. En France, c’est le Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt qui est en charge de la santé des végétaux et c’est l’ANSES (Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation et du travail) qui est chargée d’évaluer le risque phytosanitaire. Cette évaluation se fait au travers d’ARP (Analyses de Risques Phytosanitaires) qui sont des études normalisées visant à étudier pour un organisme nuisible sa probabilité d’introduction, d’établissement et ses impacts potentiels.


Parmi les mesures préventives à l’introduction d’un organisme nuisible figurent les inspections qui reposent souvent sur des inspections visuelles mais l’évolution des techniques de détection permettra à l’avenir de disposer d’outils de plus en plus sensibles, spécifiques et utilisables en dehors des laboratoires (voir le paragraphe sur les nouvelles méthodes de détection dans le grain 3). Se pose la question : quel volume d’importations jugées à risque doit être (et peut être) matériellement inspecté ? Les techniques moléculaires permettent de « s’affranchir » d’une identification morphologique (en particulier pour les insectes) mais encore faut-il qu’au préalable les nouveaux organismes nuisibles objets de cette détection soient clairement connus. D’autres approches non destructives (par exemple, « nez électroniques », imagerie multi-spectrale, etc) pourront compléter l’arsenal des outils de détection et simplifier l’inspection rapide de très gros lots de plantes.


Parfois, un problème phytosanitaire nouveau est lié à un organisme inconnu qui n’avait pas posé de problème (et contre lequel on se prémunissait pas car il n’avait pas été identifié comme « à risque »). Ceci peut être dû au fait que dans son aire d’origine, il était régulé par des « ennemis naturels» indigènes. On peut aussi citer le cas de l’émergence d’un nouvel agent pathogène suite à un phénomène de recombinaison génétique par exemple, entre un agent pathogène endémique et une espèce apparentée d’agent pathogène exotique (voir le grain 1 sur les causes identifiées à l’émergence de maladies). Une façon originale de « prévoir » quels organismes nuisibles sont susceptibles de s’installer est l’utilisation de plantes sentinelles : cette stratégie a été testée, elle consiste à planter des espèces européennes (en Asie : Chine par exemple) pour voir quelles espèces d’arthropodes vont venir se nourrir sur ces plantes. Ce seront ces espèces « futurs organismes nuisibles » qu’il faudra particulièrement surveiller à l’exportation et l’importation de végétaux et produits végétaux. Cette méthode a été testée pour les arthropodes, mais sur le principe elle pourrait s’appliquer aussi aux agents pathogènes. Un complément à cette approche de l’utilisation de plantes sentinelles est la mise en place d’un inventaire international des organismes nuisibles qui se sont développés sur les plantes exotiques introduites dans les jardins botaniques du monde entier (Webber, 2010).


Plusieurs auteurs considèrent qu’il est important de faire une évaluation du risque par filière d’introduction. Dans cette approche plutôt qu’une évaluation par espèce d’organisme nuisible, on essaie d’identifier les filières d’introduction à haut risque et de cibler ces filières pour éviter les introductions sans s’attacher à des espèces particulières (Brasier, 2008).
Cette méthode est déjà appliquée, une norme internationale  la NIMP 15 (Norme Internationale pour les Mesures Phytosanitaires n°15 ) concerne le matériel d’emballage en bois. Pour éviter la propagation internationale via le bois d’agents pathogènes ou d’insectes nuisibles, cette norme impose à tous les pays exportateurs que le bois soit débarrassé de son écorce et traité thermiquement ou chimiquement suivant des conditions précises. Ce traitement a pour but d’éliminer les insectes et agents pathogènes à la fois connus et inconnus qui sont susceptibles de contaminer le bois. Un marquage sur le bois permet de certifier que le traitement a été respecté. Cependant, ce genre de réglementation semble difficilement applicable à tous les types de production.


Informer rentre dans le cadre de la prévention : par exemple face au risque lié au commerce des plantes ornementales, un « guide de conduite sur l’horticulture et les plantes exotiques envahissantes » a été publié suite à une collaboration entre le Conseil de l’Europe et l’OEPP. Il a pour but d’accroître la coopération et l’information entre tous les acteurs de l’horticulture afin de diminuer le risque d’introduction des nouvelles plantes invasives en Europe. De même des dépliants et affiche à destination du grand public sont diffusés par l’oepp, par exemple pour sensibiliser les voyageurs au risque d’introduction de bioagresseurs via le transport de fruits ou de plants (voir la brochure).

 

Si la prévention n’a pas suffi et qu’un organisme nuisible est entré dans une nouvelle aire et commence à y faire des dégâts, on tente de l’éradiquer. Les développements méthodologiques de ces dernières années basées sur la modélisation permettent la mise en place de programmes de surveillance et de lutte qui peuvent être testés in silico pour leur efficacité optimale avant leur déploiement. Ces méthodes devront être de plus en plus souvent transférées aux gestionnaires du risque.

Cependant il n’existe que peu d’exemples d’éradications réussies. L’éradication d’une espèce établie d’invertébrés, d’agents pathogènes ou de plantes invasives est rarement facile. On peut dire que les tentatives d’éradication sont rarement couronnées de succès. Souvent parce que lorsqu’on prend conscience du problème, l’organisme nuisible est déjà bien établi et s’est dispersé. Une éradication peut être possible dans des milieux confinés ou dans les stades très précoces de l’établissement. On peut citer comme exemple d’éradication réussie : l’éradication de Synchytrium endobioticum agent de la gale verruqueuse de la pomme de terre. Cet agent pathogène d’origine andine a été introduit en Europe à la fin du 19° siècle. Il a été déclaré éradiqué de plusieurs pays dont la France (Desprez-Loustau, 2009). On peut citer des maladies dont le projet d’éradication, par arrachage des plants contaminés se poursuit mais en parallèle la maladie continue à progresser. Dans ce cas l’arrachage fait d’avantage partie de la gestion de la maladie et tente de ralentir sa progression, sans parvenir à une véritable éradication. De même pour le longicorne asiatique, Anoplophora glabripennis, originaire de l’Est asiatique (Chine, Taïwan, Corée, Japon) des mesures d’éradication ont été mises en place à partir des quelques foyers où il a été introduit en Amérique du Nord et en Europe. Cependant  de nouveaux foyers continuent à être détectés.

La « gestion » de la maladie consiste à tenter de maintenir un équilibre en luttant contre l’organisme nuisible par les moyens les plus appropriés en relation avec sa biologie.


Parfois l’agent pathogène entraîne rapidement la mort des plantes infectées, et les destructions conduisent à des modifications irréversibles des paysages. La maladie hollandaise de l’orme qui se traduit par une flétrissure vasculaire est une des plus graves des zones tempérées où pousse l’orme. Des centaines de millions d’ormes adultes sont morts  dans le nord de l’Asie, en Amérique et en Europe. De même, aujourd’hui au bord de l’extinction à cause du chancre du châtaignier, le châtaignier d’Amérique (Castanea dentata) était jadis l’un des feuillus les plus abondants dans l’est des Etats-Unis.

 

La mise au point de variétés résistantes est un processus long et couteux. On peut citer le platane hybride résistant au chancre coloré, issu d’un long travail de recherche (Vigouroux and Olivier, 2004) et présenté sur le site de l’INRA. Des clones de ce platane ont d’ores et déjà été plantés le long des berges du canal du midi. De même des variétés hybrides d’orme issues de croisements entre différents variétés françaises, anglaises et asiatiques d’orme offrent une résistance à la graphiose. Nous avons présenté dans le grain (voir la partie du grain concernée), les changements induits par le phylloxera dans le système de culture de la vigne, avec un passage d’une culture franc de pieds à un greffage systématique sur un porte-greffe américain résistant à la forme gallicole du phylloxera.

Une autre façon de lutter contre un agent pathogène est d’atténuer sa virulence. Par exemple pour Chryphonectria parasitica,  la méthode consiste à utiliser des souches dites « hypovirulentes » car elles-mêmes virosées et donc très peu agressives. Ces souches ne parviennent pas à franchir les barrières mises en place par le châtaignier en réaction à l’infection et par conséquent à nécroser profondément les tissus corticaux. Virosées, elles contaminent les souches saines présentes sur l'arbre et les affaiblissent ainsi jusqu'à les rendre elles aussi inoffensives.


Nous avons présenté dans le grain 4, les différentes étapes de la sélection sanitaire qui visent à produire des plants indemnes des viroses les plus dommageables. Les procédures de  sélection sanitaire existent pour différents plantes à multiplication végétative ; le principe consiste à définir au préalable les virus (viroïdes, phytoplasmes) qu’on cherche à éliminer, puis à partir de matériel initial sain (testé négatif contre les agents pathogènes précédemment définis) et à effectuer les opérations de multiplication végétative dans des conditions qui permettent d’éviter les contaminations tout en contrôlant le processus par des tests de détection.


Finalement, une meilleure prévention est la méthode la plus efficace et la moins coûteuse pour éviter l’introduction et la propagation d’organismes nuisibles.


Références pour cette partie :