Institut d'éducation à l'agro-environnement de Florac

Actualités

17-03-2016
Le secteur laitier en Inde
Claire Aubron, enseignante-chercheuse à Montpellier SupAgro est intervenue à l'Académie d'Agriculture de France, lors de la séance du 10 février consacrée à l'Inde où elle a traité du secteur laitier. Cette invitation faisait suite à sa mission de 18 mois en Inde à l'International Livestock Research Institute (ILRI).

■ Dans quelles conditions avez-vous mis en place votre programme de recherche ?

J’ai monté entièrement ce projet, c’est-à-dire l’identification du laboratoire d’accueil en Inde, la définition du sujet sur l’élevage laitier, l’organisation de la vie familiale sur place et le financement. J’ai obtenu  une bourse du programme européen AgreenSkills et bénéficié de soutiens de l’UMR SELMET, de l’ILRI, du Conseil scientifique de Montpellier SupAgro et du Centre des sciences humaines de Delhi.

Depuis avril 2015, je coordonne le projet de recherche IndiaMilk, financé par un métaprogramme Inra-Cirad, qui implique une dizaine de chercheurs sur cette même thématique. Je travaille beaucoup avec des étudiants, qui réalisent des enquêtes et des observations au cours de séjours de plusieurs mois sur le terrain.

image-1

■ Pour quelles raisons avez-vous choisi cette thématique ?

Nous savons que l’Inde est le plus grand producteur laitier dans le monde, avec 70 millions de fermes. Beaucoup sont de petite taille, et pour certaines sans terre, mais, au-delà de données statistiques, nous manquons de connaissances sur les pratiques mises en œuvre par les éleveurs.

Avec la coopérative AMUL et les actions du National Dairy Development Board (NDDB), l’Inde a aussi inventé un modèle coopératif de collecte du lait qui est considéré comme très « inclusif » pour les petits producteurs. A travers nos recherches, nous essayons de comprendre dans quelle mesure ce secteur laitier en plein boom contribue  effectivement au développement du pays, en particulier en confortant les revenus des familles rurales les plus pauvres.

■ Qu’avez-vous découvert à ce sujet ?

L’alimentation des animaux est un enjeu majeur en Inde : les disponibilités réduites en terre par actif agricole font que seuls les agriculteurs les mieux dotés en terre et en eau peuvent se permettre de cultiver des fourrages. Les autres utilisent principalement des résidus de culture et de la végétation spontanée. Nos travaux montrent qu’avec 0,4 hectare par actif dans une plaine irriguée, on peut faire vivre une famille en combinant des cultures et l’élevage de 1 à 3 bovins ou buffles. Pour les sans-terres, la situation est en revanche plus compliquée.

En ce qui concerne la collecte du lait, le système coopératif promu par le NDDB est impressionnant par son ampleur, son professionnalisme et sa capacité à s’approvisionner auprès de petits producteurs. Nous nous interrogeons actuellement sur la participation des éleveurs, notamment les plus pauvres, aux décisions qui sont prises par les coopératives à différents niveaux, et sur les raisons du succès plus limité de ce modèle dans d’autres Etats de l’Inde.

image-1

■ Quelles suites pensez-vous donner maintenant à votre étude ?

La poursuivre : il y a encore beaucoup de choses à creuser pour mieux comprendre cet élevage laitier indien ! Il s’agit à la fois de continuer à développer des analyses très localisées dans quelques autres terrains contrastés, de l’articuler avec une vision globale des transformations du secteur et de pousser plus loin la comparaison entre situations locales. Nous cherchons également à évaluer l’impact des différentes formes d’élevage laitier qui émergent sur l’environnement local et global.

Plusieurs travaux de stage, missions en Inde et une thèse qui démarre vont nous permettre d’avancer sur ces questions en 2016 et 2017. Concernant la diffusion des résultats, outre des interventions de ce type et des cours à Montpellier SupAgro ou ailleurs, nous avons publié un premier article et contribué au dossier sur la filière viande bovine indienne publié par l’Institut de l’Elevage en mars 2016.

Pour voir la conférence...
Claire Aubron intervient à partir d’une heure du début de la conférence.

Date de dernière mise à jour : 17/03/2016