Bonjour veaux, vaches cochons : les ambitions de la France pour la PAC

L’ouverture du Salon de l’agriculture le 22 février dernier a donné l’occasion à Emmanuel Macron de rendre un vibrant hommage aux agriculteurs et aux campagnes françaises. Il a rappelé à la fois l’attachement à l’agriculture paysanne et la nécessité d’être compétitif sur les marchés, la contribution des agriculteurs à l’entretien de la nature mais aussi le mauvais bilan environnemental de la PAC.

Il a organisé ses propositions autour de trois axes majeurs : protection, transformation et anticipation en insistant sur le rôle fort que souhaite jouer la France pour infléchir la future PAC. Dans cette période d‘agribashing, son discours a été bien accueilli par la profession agricole, mais il ne reste pas exempt d’ambiguïtés qui ont été soulignées par les syndicats et divers groupes de la société civile.  

Protection : E. Macron rappelle que la nourriture n’est pas une marchandise comme les autres et que nous avons un devoir de protéger ceux qui nous nourrissent. Il propose que la PAC se dote d’une véritable stratégie de gestion des risques. Mais les instruments qu’il propose (réserve de crise pluriannuelle européenne, régulation des filières plus réactive, diversification) existent déjà dans la PAC de 2014 et n’ont pas enrayé les crises du porc et du lait que nous avons connues.  Le fait est qu’une gestion des marchés à l’échelle européenne exige des moyens considérables, au-delà de la réserve prévue, et surtout une évolution de notre politique commerciale vis-à-vis de nos partenaires extérieurs. E. Macron l’a évoqué dans son discours en allant jusqu’à proposer que les standards environnementaux et sociaux puissent revenir à la table des négociations de l’OMC et que les règles sanitaires du Codex alimentarius évoluent. C’est une hypothèse peu probable. En revanche, une position plus claire et cohérente de l’Union européenne sur les volets agricoles et agro-alimentaires dans la négociation sur les accords bilatéraux serait la bienvenue. Sur l’Afrique, réaffrmée comme un partenaire clé de demain, rien de très concret n’a cependant été proposé.

Transformation : E. Macron a martelé que l’agriculture française et européenne devait se différencier, dans la « compétition mortifère sur les prix », par une amélioration de sa compétitivité hors prix passant par une politique de qualité renforcée : il a rappelé l’importance des terroirs, des savoir-faire traditionnels et de la transition agro-écologique. Il faut capter la valeur sur nos territoires. Oui, mais comment ? par l’investissement, la diversification des activités vers la bioéconomie, la rémunération des services environnementaux ? Aujourd’hui la France envoie des messages confus à nos agriculteurs. Les retards de paiement des aides de la PAC, notamment à l’agriculture biologique, ont mis en danger la survie de nombreuses exploitations. La décision récente de réduire la part du biogaz dans le mix énergétique de 10 à 7% peut aussi porter un coup d’arrêt à la méthanisation.

Anticipation :  E. Macron confirme la volonté de la France d’organiser la sortie du glyphosate d’ici 2020, mais annonce dans le même temps qu’il ne « laissera aucun agriculteur sans solution ». Il rappelle le rôle que doivent jouer la recherche et les partenaires territoriaux du conseil agricole. Pour le renouvellement des générations, il propose des aides renforcées pour les jeunes agriculteurs qui s’installent et la défense d’un programme Erasmus Farmers. 

La nécessité de transformer, simplifier et redynamiser la PAC est au cœur de ce programme. Mais Emmauel Macron oublie de rappeler que cela signifie pouvoir négocier avec 26 autres Etats-Membres dont certains sont ouvertement hostiles à l’Europe et au maintien d’un budget agricole important.

Les nouvelles échéances pour le vote de la future PAC qui se fera par le nouveau Parlement élu en mai 2019 et très probablement avec la nouvelle Commission nommée rendent peu visibles les rapports de force à venir (en savoir plus sur comment se négocie la future PAC). Le report probable du Brexit est lui aussi un facteur d’incertitude. Enfin, il faut compter avec les groupes de pression. Il n’est pas garanti que les prises de position de notre ministre de l’agriculture au Conseil de l’UE reflète fidèlement les orientations (parfois multi-dimensionnelles) données dans ce discours.

Enfin, E. Macron s’est bien gardé de proposer une réforme profonde de notre politique. Il a su ménager la chèvre et le chou. Il a confirmé l’importance des aides directes à l’hectare sans vraiment ouvrir la porte à une vraie politique de redistribution en faveur des petites exploitations écologiquement intensives. Il a rappelé l’importance de la défense du consommateur sans envisager une PAC qui inclurait une vraie politique alimentaire comme le propose entre autres, IPES food. Enfin, les moyens alloués à des systèmes agricoles beaucoup plus respectueux de l’environnement sont encore flous.

Quelques réactions au discours

de la FNSEA, de la Confédération Paysanne et de José Bové

Ce qui se dit dernièrement sur la future PAC