L'objectif de cette étude de cas est d'améliorer les connaissances sur les processus d'innovation de "rupture" mais aussi d'émettre des recommandations notamment en termes d'activités de développement et de recherche. Quelles recommandations cette étude permet-elle de faire ?
Les objets de blocage
Divers objets de blocage ont pu être identifiés. Les cultures céréalières en font partie à cause du peu d'intérêt que portent les institutions locales à ce type de cultures. Pour débloquer le processus d'innovation, il faudrait donc intéresser ces institutions à la culture céréalière par l'agriculture familiale. Or pour cela, la rentabilité économique de cette activité doit être démontrée. Par conséquent, une véritable étude sur le marché et la filière des céréales devrait être conduite.
Les herbicides posent aussi problème par la crainte qu'ils inspirent aux agriculteurs. Des formations quant à leur utilisation en toute sécurité pourraient débloquer ce point.
![]() | Le modèle RPLB a dévié vers des systèmes plus classiques et donc moins durables utilisant labour mécanisé, herbicides mais sans plantes de couverture et monoculture de mais. Le modèle proposé n'est peut-être pas adapté aux attentes des agriculteurs et aux contraintes imposées par le milieu. Il faudrait approfondir les recherches pour le développement de formes durables d'agriculture adaptée aux conditions de l'Amazonie. L'utilisation de la débroussailleuse comme substitut aux herbicides semble être une piste intéressante de même que l'identification de plantes de couverture adaptées. |
Le réseau sociotechnique
Dans le cas de la RPLB, le réseau sociotechnique est incomplet et constitue un frein à l'adoption de l'innovation. Lors de la mise en place de nouvelles activités de développement à Uruara, il conviendrait de mieux prendre en compte les relations qui préexistent entre les différents acteurs. Par exemple, le fait que le transfert de technologie entre l'EMBRAPA et l'EMATER ne soit ni automatique ni spontané pourrait être contourné en associant l'EMATER dès la phase de conception de l'innovation. Avec l'appui technique assuré par l'EMATER, les banques se montreraient plus enclines à financer l'innovation. « En d'autres termes, cela revient à mettre en place les conditions d'une « problématisation » plus complète, qui prennent mieux en compte les intérêts des acteurs convoqués afin d'élaborer des propositions qui jouissent d'une meilleure acceptabilité locale. »
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VILLEMAINE, 2010[2]). Une démarche de co-construction associant les acteurs locaux leur permettrait de mieux s'approprier l'innovation et de ne plus la voir comme un projet extérieur. Mais il faut rester conscient que les asymétries de pouvoir et les intérêts politiques pourraient paralyser une telle démarche.
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Auteur : Gouthier Axelle
Source : Processus et réseaux d'innovation autour du semis direct dans l'agriculture familiale. Le cas de la « Roça Floagri » à Uruará sur la route Transamazonienne (Pará, Brésil). Villemaine Robin
Superviseurs :Brives Hélène, De Tourdonnet Stéphane, Clerquin Sarah

