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Accompagnement d'agro-éleveurs à Madagascar

Discussion

Quels sont les points forts et faibles de la démarche ?

Des points forts...

La force de cette démarche est d'être participative et intéressante à court terme pour nourrir la réflexion et les connaissances des producteurs.

Les outils utilisés sont des outils d'aide à la réflexion. L'agro-éleveur est au centre du processus, validant ou réfutant les diagnostics effectués et les propositions faites. Cette interaction entre intervenant(s) et participant facilite l'implication de l'éleveur.

Les agro-éleveurs ont pu être informés sur les intégrations possibles d'innovations agro-écologiques au niveau de leur système de production, innovations allant dans le sens de leurs objectifs d'évolution et donc de leurs propres intérêts.

Les démarches d'accompagnement ont pu aboutir grâce à la motivation des paysans pour mener à bien leur projet et leur ouverture d'esprit au niveau de l'intégration de ces innovations complexes. La démarche stimule alors leur réflexion et leurs idées ainsi que celles de l'intervenant.

Rizières (©Jean Louis Vandevivère)[1]

Les scénarii proposés en fin de démarche ont suscité leur intérêt car les bénéfices qu'ils peuvent retirer des nouveaux systèmes avec SCV à intégrer sont supérieurs à ceux que leur procure leur système de production actuel.

Les simulations permettent de comparer les différents projets et d'avoir un aperçu de leur faisabilité. Elles soulèvent aussi des difficultés auxquelles le producteur n'avait pas forcément songé.

Une substitution est donc possible, le processus d'innovation mis en place va permettre aux agro-éleveurs de valoriser l'invention que sont les SCV en les intégrant à leur système de production, ce qui les amènera à revoir leur mode d'organisation et leurs procédures de prise de décisions .[2]

...et des points faibles

Des outils de simulation non adaptés de prime abord à l'intégration de SCV

Les outils n'ont pas été configurés pour intégrer la dimension complexe des SCV (par exemple, impossibilité de représenter toutes les situations culturales lorsqu'on introduit des parcelles divisées en plusieurs blocs). Il a fallu avoir recours à d'autres supports, comme par exemple des fiches de calcul supplémentaires afin de représenter les systèmes et d'effectuer les nombreux calculs en limitant le risque d'erreurs.

De plus, ces outils sont encore au stade expérimental et ne sont donc pas stabilisés, ce qui empêche leur transmission en l'état aux conseillers locaux. Une refonte informatique est prévue avec réorganisation et simplifications à la clé.

Limite des simulations vis-à-vis des innovations

Le danger, en intégrant des techniques innovantes, comme les SCV, dans les simulations pour répondre aux projets des producteurs, est d'obtenir des résultats techniques et économiques plus intéressants que ne seront ceux réellement obtenus par le producteur si celui-ci décide de pratiquer une de ces innovations. Les simulations ne prennent en effet pas en compte les difficultés de mise en œuvre de ces innovations.

Pour limiter les risques, les plus faibles valeurs de production d'ensilage et de foin ont été choisies pour simuler les projets des producteurs. Le plus sûr reste que le producteur, la première année de mise en place, n'essaye une pratique innovante que sur une surface restreinte ou pour une quantité restreinte de matière afin d'acquérir une certaine technicité et de connaître dans le contexte de son exploitation les paramètres de production liés à cette technique.

Enfin, coupler ce type de démarche par voie de simulation avec la constitution de bases de données agronomiques et des conseils techniques plus concrets limite la remise en cause des résultats des simulations due à des problèmes de mise en œuvre pratique.

Reproductibilité à grande échelle

La démarche est demandeuse en temps pour les producteurs (au moins cinq visites sont nécessaires) qui, ne voyant souvent son intérêt qu'après quelques séances, ont parfois l'impression de perdre leur temps, surtout en période de charge de travail élevée comme cela fut le cas en avril pendant la récolte du riz. Elle l'est également pour l'intervenant, qui ne peut raisonnablement suivre que deux à trois fermes de façon simultanée.

Ceci pose un problème pour transférer la démarche à des techniciens locaux, les organismes n'étant pas prêts à financer une méthode si longue à utiliser, d'autant plus dans le contexte actuel où l'heure est à la réduction des effectifs des techniciens.

Cette méthode n'est cependant pas destinée à toutes les exploitations mais à celles qui porteraient un projet concret et seraient demandeuses d'une étude de sa faisabilité.

La question du transfert de la démarche à des techniciens locaux

Le contexte de réduction des budgets et des projets n'est pas propice à la participation ou à l'embauche d'un ou plusieurs techniciens pour effectuer un appui touchant peu de producteurs par rapport au travail et au temps requis.

Il est aussi difficile d'imaginer une utilisation de la démarche lors d'interventions de groupe, son intérêt étant justement d'étudier les particularités de chaque exploitation et des projets d'évolution associés.

Néanmoins, les opérateurs locaux pourraient orienter leurs actions en fonction de fermes types qu'ils auraient modélisées et auxquels ils associeraient des innovations répondant aux difficultés et enjeux rencontrés par chaque type de fermes.

Evaluation de l'impact de la démarche

On ne peut évaluer avant plusieurs mois quel rôle tiendra la démarche effectuée avec les producteurs dans la mise en place de leurs projets.

En ce sens, un retour un an après la fin de la démarche chez les producteurs étudiés au lac Alaotra montre que les évolutions effectuées ne suivent pas à la lettre les projets préférés des producteurs. La démarche permet en effet de comparer des projets entre eux à un moment précis mais des changements dans l'environnement de l'exploitation, financiers ou familiaux peuvent modifier les avantages et inconvénients de chaque projet. Il est difficile de savoir à quel point, lors de la mise en place d'un projet, les discussions et réflexions conduites lors de l'étude influencent les prises de décision du producteur.

Ceci est particulièrement vrai dans un contexte en pleine restructuration comme celui de la filière lait du Vakinankaratra ; les projets des producteurs pouvant rapidement être modifiés selon l'évolution de la filière et du contexte local.

Bien que la démarche ait été jugée trop lourde à mettre en œuvre par les opérateurs locaux, l'utilisation des outils CalculRation et CalculFerti est envisagée pour la formation de groupes d'agro-éleveurs et d'opérateurs sur les thématiques du rationnement animal ou de la fertilisation culturale.

Paysage agricole (©Bernard Gagnon)[3]

Auteurs : Claire FASSINO et Éva MAIRE

Superviseurs : Pierre-Yves LE GAL, Stéphane de TOURDONNET et Sarah Clerquin

  1. ©Jean Louis Vandevivère Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification

  2. Dugué et al., 2006

    Dugue P., Bertrand M., Sibelet N., Seuge C., Vall E., Cathala M., Olina P., 2006. Les paysans innovent, que font les agronomes ? Le cas des systèmes de culture en zone cotonnière au Cameroun in Agronomes et innovations. L'Harmatan, coll. Entretiens du Pradel, France, p. 103-122

  3. (©Bernard Gagnon) Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales à l'Identique

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