Bilan de la démarche d'accompagnement pour l'agro-éleveur
L'agro-éleveur suivi avait connaissance de l'existence des TAC car il était encadré par des opérateurs locaux diffuseurs de ces techniques. Le suivi de l'agro-éleveur a permis de constaté qu'il a déjà intégré des TAC (fourrages restructurants en pur) dans leur système de production actuel. Les TAC, et notamment les SCV avec Brachiaria et Stylosanthès, intéressaient les agro-éleveurs de par leur fonction restructurante pour leurs sols de tanety dégradés à faible rendement et le potentiel d'affouragement de leurs vaches laitières.
Il a été unanime sur fait que la mise en place des systèmes par bloc est réalisable d'un point de vue pratique, mais que les phases d'installation sont longues.
Il a considéré que le compromis à respecter entre prélèvement de la biomasse et maintien de la couverture est réaliste et peut être respecté car les valeurs d'exportation ont été simplifiées pour les rendre fonctionnelles (moitié ou quart de la parcelle fauchable suivant les systèmes).
Cependant, la question de la possibilité de prélever de la biomasse dès la première année pour le Brachiaria et le Stylosanthès a été soulevée plusieurs fois car l' agro-éleveur considère que le délai d'attente d'un an minimum pour commencer les exportations est long. Il atteste cependant qu'il ne respectera naturellement pas la contrainte de prélèvement contrôlé en cas d'aléas climatiques entrainant un déficit en fourrages pour le troupeau laitier.

Point de vue de l'agro-éleveur, des points forts....
Selon lui, la démarche lui a permis d'acquérir des connaissances en ce qui concerne le fonctionnement des SCV et la mise en place complexe de ces systèmes. Il a intégré l'intérêt de la division des parcelles en blocs afin d'avoir une production fourragère constante (sans prise en compte des aléas climatiques pesant sur les systèmes) qui permet de mettre au point une stratégie d'affouragement stabilisée d'une année sur l'autre.
Il a également intégré la notion de valorisation raisonnée de la biomasse fourragère. La démarche lui a aussi permis d'acquérir des connaissances d'ordre plus général, particulièrement sur le fonctionnement de l'atelier lait. Les données utilisées étant réelles, certaines améliorations de la situation de base ont pu être proposées à du diagnostic initial.
Il a jugé les scénarii d'évolution présentés intéressants car basés sur leurs données réelles d'exploitation, ce qui les rend plausibles. Le fait de pouvoir évaluer ex ante les conséquences de leur stratégie sur leurs systèmes l'a aidé à réorienter ses idées d'évolution. Il a pu confronter ses propres choix stratégiques d'évolution aux choix proposés par des experts en agriculture de conservation, et évaluer les conséquences économiques de ses choix à l'échelle de leur exploitation.
La co-construction des scénarii alternatifs avec les experts lui a donné de nouvelles sources d'inspiration à partir de l'éventail de techniques proposées. Il reconnait ne pas vouloir maintenir leur trajectoire d'évolution première. La démarche lui a donc permis de faire évoluer ses projets initiaux, en lui ouvrant l'esprit sur des nouveaux systèmes pour mieux sécuriser leurs productions (amélioration des sols dégradés avec production de cultures vivrières, autonomie fourragère en saison sèche et adaptation de la production fourragère à la production laitière).
...mais aussi des points faibles
Concernant les limites qu'il voit à la démarche, elle lui demande un temps de présence important au vu du nombre d'entretiens qui ont été nécessaires pour la finaliser. Les heures d'entretien ne sont donc pas valorisées en termes de travail sur l'exploitation et cela peut poser problème en période de pic de travail. Il faut donc que les intervenants puissent adapter leur emploi du temps à ceux des agro-éleveurs en fonction de leurs périodes de travail.
Intérêts des SCV pour les exploitations laitières du Lac Alaotra
Les résultats des scénarii ont montré que les SCV proposés au Lac ont la capacité de répondre à l'affouragement des troupeaux laitiers dans une stratégie d'autonomisation fourragère. Les systèmes sont variés, les fourrages en vert étant disponibles sur des périodes différentes de l'année et plus ou moins longues suivant le type de système.
Il est alors possible pour l'agro-éleveur de faire son choix de système suivant la période où il souhaite être autonome en fourrages, tout en considérant le facteur limitant des surfaces disponibles et de leur type de toposéquence à laquelle le système doit être adapté. Une fois ce facteur pris en compte, l'agro-éleveur pourra installer un voire plusieurs SCV pour atteindre ses objectifs d'autosuffisance.
Selon la période d'autosuffisance recherchée, il est important d'atteindre cet objectif afin de sécuriser l'alimentation des troupeaux laitiers dans cette période de production maximale tout en économisant de la main d'oeuvre. Il est à considérer que le type de surface disponible pour mettre en place des surfaces fourragères sont principalement les tanety à sols dégradés, et donc non cultivés par l'exploitant. Nous avons vu que les SCV les plus adaptés sont ceux à base de Brachiaria et Stylosanthès.
Ces systèmes produisent cependant des fourrages verts en saison humide où la ressource naturelle est abondante, de bonne qualité et proche des exploitations donc peu coûteuse en main d'oeuvre. Il n'est donc pas intéressant d'un point de vue stratégique d'utiliser ces fourrages en vert en saison humide tant que les herbes restent abondantes. Le Brachiaria et Stylosanthès peuvent alors être fanés, stockés puis distribués aux vaches laitières en saison sèche.

Les résultats des simulations avec affouragement par foin ont cependant montré que les foins sont de moins bonne qualité que les herbes naturelles récoltées sur la même période. En effet, si les besoins des vaches en lactation sont élevés en saison sèche (stratégie de production laitière maximale car le lait est mieux rémunéré), ils ne peuvent pas être couverts par une ration basée sur un affouragement en foin.
Pour les exploitants ne disposant pas de terres fertiles pour produire des fourrages riches de contre-saison, la ration doit être complétée par les herbes naturelles des marais et/ou des concentrés provenant de l'exploitation (fanes d'arachide par exemple) ou achetés à l'extérieur. Le Bana Grass en pur sur tanety peut également enrichir la ration en début de saison sèche.
Pour les exploitants pouvant installer des fourrages sur terres fertiles (baiboho, RMME), les solutions sont beaucoup plus diversifiées en saison sèche. Ils peuvent produire des fourrages riches de contre-saison (vesce, dolique, sorgho, avoine) associés aux foins, qui sont exportés des systèmes adaptés à ce type de surfaces. Les besoins des vaches en lactation sont alors mieux couverts.
Les stratégies d'affouragement basées sur des choix de SCV sont donc spécifiques à chaque agro-éleveur, suivant les contraintes et ressources de leur exploitation. Le panel important de systèmes proposés permet de remédier en partie ou complètent la problématique d'affouragement en saison sèche.
Auteurs : Claire FASSINO et Éva MAIRE
Superviseurs : Pierre-Yves LE GAL, Stéphane de TOURDONNET et Sarah Clerquin
